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Article de Claudine Pépin pour "Cantal Patrimoine"
1. François Flornoy présentant
son travail au forum du patrimoine à Murat en mai 2006
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François
Flornoy est un jeune talent qui vit et travaille dans le Cantal
depuis plusieurs années. Il a accepté de nous
parler de son métier de tailleur de pierre, de ses nombreuses
réalisations et de ses projets.
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Membre
fondateur de notre association, il a réalisé, pour
Cantal Patrimoine, une croix en pierre de Bouzentès présentée
au forum des associations du patrimoine en mai dernier à Murat (photos 1 et 2).
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François a 28
ans, il a fait son apprentissage en Mayenne durant deux ans, puis il est
parti se perfectionner, mettant la théorie en pratique sur divers
chantiers et dans différentes villes de France. Il travaille ainsi
à Strasbourg, Blois, Saumur, Kettring près de Northampton
en Angleterre, puis Rodez, Nîmes et Montpellier. A chaque chantier,
François acquiert ainsi une expérience nouvelle (nouveaux
matériaux, pierres différentes…) et augmente son niveau
de compétence, ce qui lui permet d‘être chef de chantier
dès sa troisième année d‘activité. A
Blois, il dirige donc son premier chantier qui concerne la restauration
de deux contreforts d‘église, puis il restaure les remplages
de style flamboyant de la cathédrale Saint-Louis. A Rodez, il réalise
des pinacles et des balustrades gothiques. Après Montpellier, il
décide de s‘accorder une année de formation auprès
d‘un verrier implanté à Saint-Amandin dans le Cantal,
pour découvrir ce métier parfois complémentaire de
celui de tailleur de pierre. A l‘issue de cette formation, où
il travaille à la restauration des vitraux de la cathédrale
de Saint-Flour ainsi qu‘à ceux de l‘église de
Saint-Martin-Valmeroux, il est amené à Œuvrer avec
des collègues tailleurs de pierre, mais côté vitrail…
Une expérience très enrichissante qui lui a permis d‘avoir
une vision plus globale de certaines restaurations.
Après cette expérience du vitrail, François revient
à la taille de pierre et travaille pour la Communauté de
Commune de Saint-Flour, où il est amené à restaurer
une dizaine de croix de chemins. Pour mener à bien cette tâche
passionnante, il puise dans le livre de Pierre Moulier « Croix
de Haute-Auvergne », les informations nécessaires, car une
restauration n‘est pas une création et doit s‘appuyer
sur une bonne connaissance de la production locale. Parmi les différentes
restaurations, il intervient à Loudières (commune de Montchamp)
où il s‘agira de « créer » un croisillon
car il ne reste de la croix que la base et le fût. Après
avoir questionné les gens du village afin de collecter quelques
souvenirs du monument, il réalise la partie supérieure en
s‘inspirant le l‘ornementation pommetée de la base.
(photos 3 et 4)
A Saint-Georges, la croix
est démontée, les goujons métalliques sont supprimés,
car le fer fait éclater la pierre à long terme, et remplacés
par des goujons en laiton fixés avec du plomb, dans les règles
de la tradition (photo 5). Le piédestal très abîmé
est retaillé dans un bloc de tuf extrait d‘un champ voisin.

A Cousergues (commune
de Saint-Georges), c'est le croisillon qui est retrouvé dans l‘herbe
près du travail à ferrer, auquel il faut donner un fût
et une base. François taille ce fût dans une marche de l‘immeuble
du Crédit Lyonnais qui a explosé en 2003 et dont les pierres
étaient parties à la décharge… (photo 6).
C‘est la pierre de Bouzentès (carrière près
de Saint-Flour) que François préfère tailler. Chaque
pierre a ses particularités et la perception qu‘en a le tailleur
englobe différentes considérations : le calcaire (qui n‘est
pas présent dans notre région) est tendre et homogène,
il se taille très bien tout en permettant une grande rapidité
d‘exécution. Le granit, très répandu vers Saint-Just,
se taille très bien également mais n‘est pas homogène.

Son aspect granuleux ne permet pas une grande finesse d‘exécution.
La pierre de Bouzentès, l‘une des nombreuses pierres volcaniques
présentes dans notre région (avec le trachyte, le tuf ou
la brèche, plus tendres), est une pierre très dure et très
homogène, qui permet de « sortir des arêtes vives ».
D‘autre part, elle produit une poussière fine, beaucoup plus
supportable que celle du granit ou du grès, qui provoque de désagréables
démangeaisons…
En avril 2006, François décide de participer au Forum des
Associations du Patrimoine organisé par Cantal Patrimoine en partenariat
avec la municipalité de Murat. Il nous propose de tailler une croix
pour montrer au public, entre autres, « l‘objectivité
des choix de restauration ». Cette croix s‘inspire des modèles
du XVIe siècle qui existent dans notre région, avec un fût
à facettes orné d‘un écu, un croisillon à
fleurons avec un amortissement en boule (photo 2). L‘une de ces
boules fut achevée le jour du forum. Il va sans dire que la qualité
de cette démonstration a remporté un grand succès
auprès d‘un public passionné de patrimoine local.
A l‘heure actuelle, François Flornoy cherche un atelier où
il souhaite développer une nouvelle pratique, la sculpture. Car
si les deux activités sont liées, elles ne doivent pas être
confondues. Le tailleur de pierre se charge essentiellement de ce qui
est structurel et s‘il est amené à reproduire certains
motifs d‘ornementation, il n‘est pas un producteur d‘images.
Et c‘est cet aspect que François a maintenant envie d‘explorer,
avec des projets autour de l‘art funéraire (photo 7), qui
donna jadis tant de travail aux tailleurs et aux sculpteurs, ainsi qu‘autour
du corps humain.
Souhaitons que ces projets puissent se réaliser, et que le Cantal
sache lui trouver une place digne de son talent.
Claudine Pépin
2. La croix réalisée pour Cantal Patrimoine, en pierre
de Bouzentès. (une partie du croisillon reste à sculpter)
4. La croix réparée et complétée. Détail
de l‘extrémité d‘un bras.
3. Ce qui restait de la croix de Loudières...
5. Du plomb est coulé dans le socle pour le solidariser au fût
de la croix.
6. Croix de Cousergues, dont il ne restait que le croisillon et son Christ
typique de l‘art populaire.
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